Pas de Mahomet à l’Aneto : itinéraire et conseils pour réussir l’ascension

Pas de Mahomet à l’Aneto : itinéraire et conseils pour réussir l’ascension

Il y a des ascensions qui commencent bien avant le sommet. L’Aneto est de celles-là. On y pense en préparant le sac, en observant la météo, puis en avançant dans la nuit avec une lampe frontale pour rejoindre le toit des Pyrénées. À 3 404 mètres, le point culminant de la chaîne réserve une aventure exigeante, mais accessible aux randonneurs entraînés et correctement équipés.

La dernière difficulté porte un nom qui attire autant qu’il impressionne : le pas de Mahomet. Cette courte arête rocheuse, aérienne et parfois encombrée, défend l’accès à la croix sommitale. Rien d’insurmontable si l’on reste concentré, mais l’endroit mérite le respect. Voici l’itinéraire classique depuis La Besurta, les pièges à éviter et les conseils pour mettre toutes les chances de votre côté.

L’Aneto et le fameux pas de Mahomet

Situé dans le massif de la Maladeta, en Aragon, l’Aneto domine un univers minéral de glaciers, de moraines et de crêtes découpées. Son sommet atteint 3 404 mètres, ce qui en fait le point culminant des Pyrénées, à cheval sur la province espagnole de Huesca.

Le pas de Mahomet, aussi appelé Pas de Mahoma en espagnol, se trouve juste avant le sommet. Il s’agit d’une arête rocheuse étroite d’une trentaine de mètres, avec du vide de part et d’autre. Selon les conditions et l’affluence, chacun y progresse à son rythme, en posant soigneusement les pieds et les mains.

Le nom est plus spectaculaire que la difficulté technique réelle. Par terrain sec, un randonneur habitué à la montagne le franchira généralement sans grande difficulté. En revanche, la neige, le verglas, le vent ou une forte fréquentation peuvent transformer ce passage en véritable point délicat. À 3 400 mètres, la fatigue n’arrange rien : les jambes deviennent moins sûres et la concentration doit rester maximale.

L’itinéraire classique depuis La Besurta

L’ascension la plus fréquentée part de La Besurta, un parking situé au bout de la route d’accès depuis Benasque. En été, l’accès aux derniers kilomètres peut être réglementé et assuré par des navettes. Il faut donc vérifier les conditions de circulation et les horaires avant de partir.

L’itinéraire complet représente environ 14 à 16 kilomètres aller-retour, pour un dénivelé positif proche de 1 500 mètres. La durée varie selon le rythme, les pauses et les conditions : comptez généralement entre 10 et 12 heures pour une journée complète. Ce n’est pas une promenade matinale avec retour pour le déjeuner. L’Aneto demande une vraie endurance.

  • Départ : La Besurta, autour de 1 900 mètres d’altitude.
  • Sommet : 3 404 mètres.
  • Dénivelé positif : environ 1 500 mètres.
  • Distance : environ 14 à 16 kilomètres aller-retour.
  • Durée : 10 à 12 heures selon les conditions.
  • Difficulté : difficile, avec passage glaciaire et arête finale exposée.

De La Besurta au refuge de la Rencluse

Depuis La Besurta, le sentier s’élève en direction du refuge de la Rencluse, ou refuge de la Renclusa. Cette première portion est bien marquée et permet de prendre le rythme. Le paysage s’ouvre progressivement sur les sommets du massif. Au lever du jour, les parois prennent des teintes rosées et les blocs de granit semblent encore endormis.

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Le refuge se situe à environ 2 140 mètres. Certains choisissent d’y passer la nuit afin de couper l’ascension en deux journées. C’est une option intéressante, notamment pour éviter une longue montée depuis la vallée et partir tôt vers le sommet. La réservation est indispensable en haute saison, car le refuge affiche rapidement complet.

Pour une ascension à la journée, le départ matinal est essentiel. L’objectif est d’atteindre les secteurs glaciaires suffisamment tôt, avant que la neige ne se ramollisse et que les orages estivaux ne menacent les hauteurs. En montagne, partir tôt n’est pas une punition : c’est souvent ce qui permet de profiter d’un itinéraire plus calme et de meilleures conditions.

Du refuge au Portillon supérieur

Après la Rencluse, le sentier devient plus minéral. Il faut remonter les pentes en direction du Portillon supérieur, passage situé autour de 2 900 mètres. Le balisage peut être moins évident dans les éboulis. Les cairns indiquent généralement la direction, mais une trace GPS fiable reste utile, surtout par brouillard ou lorsque la neige recouvre le chemin.

La montée est régulière, parfois raide, et le terrain demande de regarder où l’on pose les pieds. Les gros blocs de granite ralentissent la progression. Ici, mieux vaut avancer lentement et économiser son énergie plutôt que de vouloir tenir une allure de plaine. Le sommet est encore loin, et l’altitude commence à se faire sentir.

Le Portillon supérieur constitue un passage remarquable. On débouche alors sur l’environnement glaciaire de l’Aneto, avec le glacier et les sommets voisins en ligne de mire. Le paysage change de caractère : les prairies ont disparu, les couleurs se réduisent aux gris de la roche, aux blancs de la neige et au bleu parfois intense du ciel.

Traverser le glacier de l’Aneto

Après le Portillon supérieur, l’itinéraire rejoint le glacier de l’Aneto. Sa superficie et son épaisseur ont fortement diminué au fil des décennies, mais il reste un terrain de haute montagne qui ne doit pas être pris à la légère. Selon la saison, il peut être recouvert de neige, présenter des zones glacées ou laisser apparaître des crevasses.

Les crampons sont nécessaires dès que la neige est dure ou que la glace affleure. Une paire de mini-crampons de randonnée ne remplace pas toujours de véritables crampons d’alpinisme, particulièrement sur une pente raide. Le choix dépend des conditions, de votre expérience et de l’avis d’un professionnel local.

Un piolet peut également être indispensable pour assurer l’équilibre et enrayer une glissade. La traversée ne doit pas être improvisée le jour même avec du matériel jamais utilisé. Savoir chausser des crampons, tenir un piolet et progresser correctement sur neige fait partie de la préparation.

  • Consultez les conditions du glacier avant le départ.
  • Ne vous engagez pas sur une pente enneigée sans équipement adapté.
  • Gardez vos distances avec les autres cordées et évitez les chutes de pierres.
  • En cas de doute, faites demi-tour ou partez avec un guide de haute montagne.
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La pente finale vers le col de Coronas, puis vers l’arête sommitale, peut sembler interminable. C’est souvent le moment où l’on comprend que l’altitude n’est pas un simple chiffre sur une carte. Le souffle est plus court, les pauses plus fréquentes et chaque mètre gagné prend une saveur particulière.

Le pas de Mahomet : les bons gestes

Une fois le glacier franchi et la montée finale effectuée, l’arête du pas de Mahomet apparaît. Elle donne parfois l’impression d’être plus impressionnante depuis son approche que lorsqu’on y est réellement. Mais le vide ne disparaît pas pour autant : il faut rester concentré.

Le passage se franchit généralement en avançant face à la roche, avec trois points d’appui autant que possible. Les mains servent à stabiliser, pas à tirer tout le corps. Il est préférable de prendre son temps, de vérifier chaque prise et de ne pas se laisser distraire par les personnes qui attendent derrière.

  • Rangez les bâtons avant d’entrer sur l’arête.
  • Gardez un sac bien fermé et évitez les objets qui pourraient tomber.
  • Attendez que la personne précédente ait libéré le passage.
  • Ne doublez pas et ne vous engagez pas si quelqu’un arrive en face.
  • Par neige ou verglas, renoncez sans hésiter si vous n’avez pas les compétences nécessaires.

La fréquentation peut être importante en été. Une file se forme parfois sur les rochers, et l’ambiance devient alors moins contemplative que prévu. Pour éviter le bouchon, partez très tôt ou choisissez une période moins fréquentée. Une ascension de l’Aneto n’est pas une course : la montagne ne distribue pas de médaille au premier arrivé.

Atteindre le sommet de l’Aneto

Après le pas de Mahomet, quelques pas suffisent à rejoindre le sommet. Une croix marque le point culminant, souvent entourée de randonneurs émus, fatigués et étonnamment silencieux. Le panorama s’étend sur les sommets de la chaîne pyrénéenne, les vallées aragonaises et les reliefs qui paraissent soudain plus petits.

Par temps clair, le spectacle est immense. Les glaciers survivants, les arêtes et les vallées composent une carte grandeur nature. Pourtant, il faut rester attentif : le sommet est exposé au vent et les conditions peuvent changer rapidement. Une pause courte, quelques photos et une vérification du matériel suffisent avant d’entamer la descente.

La descente reprend le même itinéraire. Elle est souvent plus éprouvante que prévu, car les cuisses ont déjà absorbé une longue montée. Sur le glacier, la neige peut devenir molle en fin de matinée. Dans les éboulis, chaque pas demande de la précision. Gardez de l’énergie pour le retour : le parking de La Besurta ne se rapproche pas par magie, même lorsque l’on ne pense plus qu’à une boisson fraîche.

Quand partir pour l’ascension ?

La meilleure période dépend fortement de l’enneigement. En plein été, l’itinéraire est souvent plus accessible, mais la fréquentation est importante et les orages peuvent éclater en début ou milieu d’après-midi. Au printemps et au début de l’été, la neige peut rendre le glacier et les pentes finales plus techniques.

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L’automne offre parfois une lumière exceptionnelle et une montagne plus calme, mais les journées sont plus courtes et les premières chutes de neige peuvent compliquer l’itinéraire. Quelle que soit la saison, consultez une météo de montagne précise, les conditions du refuge et les informations locales sur le glacier.

Le départ se fait généralement entre 3 heures et 5 heures du matin selon le lieu de nuitée et l’objectif. Cette marche nocturne peut sembler étrange au début. Puis les silhouettes des montagnes apparaissent dans la pénombre, le ciel se remplit d’étoiles et l’on avance avec cette sensation particulière de participer à quelque chose de très ancien.

Équipement indispensable

Une bonne préparation matérielle ne garantit pas le sommet, mais elle évite bien des problèmes. Le sac doit rester raisonnable : chaque gramme se fait sentir lorsque le dénivelé dépasse 1 000 mètres.

  • Chaussures de montagne rigides et déjà utilisées.
  • Vêtements chauds, couche imperméable et vêtements de rechange.
  • Bonnet, gants, lunettes de soleil et crème solaire à indice élevé.
  • Casquette ou chapeau pour les portions exposées.
  • Carte, trace GPS téléchargée et batterie externe.
  • Lampe frontale avec piles ou batterie de secours.
  • Au moins 2 litres d’eau par personne, voire davantage selon la chaleur.
  • Repas énergétiques faciles à manger : fruits secs, barres, sandwichs.
  • Crampons et piolet adaptés aux conditions.
  • Trousse de premiers secours, couverture de survie et sifflet.

Le téléphone ne doit pas être considéré comme un équipement de secours suffisant. Le réseau peut être absent et la batterie se vider rapidement dans le froid. Prévenez également un proche de votre itinéraire et de votre heure probable de retour.

Conseils pour réussir sans se mettre en danger

L’Aneto est une course de haute montagne, pas une simple randonnée sportive. Il est conseillé d’avoir déjà réalisé plusieurs sorties longues avec un dénivelé important et d’être à l’aise sur des terrains rocheux. Une expérience de la neige et de l’utilisation des crampons est un vrai plus.

Surveillez les signes du mal aigu des montagnes : maux de tête persistants, nausées, fatigue anormale, vertiges ou perte de coordination. Ces symptômes ne doivent pas être banalisés. Redescendre est la seule réponse réellement efficace. Le sommet sera encore là demain, contrairement à la fenêtre météo ou à votre énergie.

Si vous hésitez face au glacier ou au pas de Mahomet, engagez un guide de haute montagne. Un professionnel connaît l’itinéraire, adapte la progression aux conditions et permet de vivre l’ascension avec davantage de sérénité. Ce choix n’enlève rien à l’aventure ; il donne simplement un cadre plus sûr à l’expérience.

Enfin, respectez le massif. Ramenez vos déchets, restez sur les itinéraires autorisés, évitez de déplacer les pierres et laissez la montagne aussi silencieuse que possible. Dans ces hauteurs où le vent efface les traces et où la neige recule année après année, chaque geste compte.

Arrivé au sommet de l’Aneto, après le pas de Mahomet, on ne ressent pas seulement la satisfaction d’avoir gravi 3 404 mètres. On mesure surtout le chemin parcouru : les heures de marche, les hésitations, le souffle court et cette lumière immense qui s’installe sur les Pyrénées. C’est peut-être cela, la vraie récompense. Non pas dominer la montagne, mais avoir accepté de marcher à son rythme.