Au nord de l’Espagne, la route change de visage sans prévenir. Un matin, l’Atlantique roule ses vagues contre les falaises du Pays basque ; quelques heures plus tard, les sommets des Picos de Europa se découpent dans le ciel. Entre les deux, des ports où sèchent les filets, des villages de pierre et des tables où l’on prend le temps de partager une assiette de pintxos.
Voici un itinéraire de dix jours, de Bilbao à Saint-Jacques-de-Compostelle, pour goûter à cette Espagne verte et généreuse. Une voiture facilite les étapes et les détours, mais ce voyage n’est pas une course : mieux vaut laisser un peu de place à l’imprévu, surtout quand une plage ou un petit restaurant vous retient plus longtemps que prévu.
Avant de prendre la route
L’itinéraire couvre environ 700 kilomètres sans compter les excursions. Les distances restent raisonnables, mais les routes côtières sont parfois sinueuses et les petites haltes s’accumulent. Prévoyez de deux à trois heures de conduite les jours de transfert, davantage si vous empruntez les routes de montagne.
Pour éviter de revenir sur vos pas, vous pouvez récupérer la voiture à Bilbao et la rendre à Saint-Jacques-de-Compostelle. Vérifiez les frais d’abandon dans une autre ville au moment de la réservation. En été, réservez aussi vos hébergements en avance, particulièrement près des Picos de Europa et des villages côtiers.
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Meilleure période : de mai à juin et de septembre à début octobre, avec une météo souvent agréable et moins de monde qu’en plein été.
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À prévoir : une veste imperméable, des chaussures confortables et des vêtements en couches. Dans le nord, le soleil peut céder la place à une averse sans demander votre avis.
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Pour manger : goûtez les pintxos au Pays basque, les anchois en Cantabrie, le cidre dans les Asturies et les fruits de mer en Galice.
Jour 1 — Bilbao, entre architecture et vieux quartiers
Commencez doucement à Bilbao. Le musée Guggenheim attire les regards avec ses courbes métalliques et son éclat changeant au bord du Nervión. Même sans y entrer, prenez le temps de le contourner : le bâtiment semble différent à chaque angle, et le chien fleuri Puppy veille sur la place avec une patience exemplaire.
Rejoignez ensuite le Casco Viejo, le vieux centre. Ses ruelles étroites, ses boutiques et ses bars composent un décor vivant, loin de l’image d’une ville seulement industrielle. Le soir, commandez quelques pintxos au comptoir : une tranche de pain, une garniture inventive, parfois une petite œuvre d’art. La règle la plus simple ? En choisir plusieurs, puis se laisser guider par les voisins.
Jour 2 — De Bilbao à San Sebastián
Quittez Bilbao en direction de la côte. Une halte à Getaria permet de respirer l’air marin et d’observer les bateaux dans le port. Ce village est aussi connu pour son txakoli, un vin blanc légèrement pétillant que l’on verse parfois de haut pour l’aérer. À déguster avec modération si vous reprenez le volant.
Poursuivez vers San Sebastián, ou Donostia en basque. La baie de La Concha dessine un arc presque parfait, bordé par une promenade élégante. Grimpez au Monte Urgull pour embrasser la ville du regard, puis perdez-vous dans les rues de la Parte Vieja. C’est l’endroit idéal pour une tournée de pintxos : commandez une spécialité, passez au comptoir suivant, recommencez. Votre dîner devient une petite aventure urbaine.
Jour 3 — La côte basque et les falaises de Zumaia
Accordez une journée aux paysages du littoral. À Zumaia, les falaises de flysch dévoilent leurs longues strates rocheuses, comme les pages froissées d’un livre ouvert par la mer. Les formations sont particulièrement impressionnantes à marée basse ; consultez les horaires avant de partir et restez sur les sentiers balisés, car les roches peuvent être glissantes.
Vous pouvez ensuite faire halte à Zarautz pour marcher sur sa longue plage, ou choisir un détour par Hondarribia, près de la frontière française. Ses façades colorées, ses balcons fleuris et ses remparts invitent à ralentir. En fin de journée, retrouvez San Sebastián pour une dernière promenade au bord de l’eau. La lumière y prend parfois une teinte dorée qui donne envie de repousser l’heure du départ.
Jour 4 — De San Sebastián à Santander, avec une pause à Santillana del Mar
La route vers Santander suit une côte découpée, ponctuée de plages et de petits ports. Faites une pause à Santillana del Mar, en Cantabrie. Malgré son nom, le village n’est pas au bord de la mer ; ses rues pavées et ses maisons de pierre semblent pourtant avoir trouvé leur place hors du temps. Arrivez si possible en matinée ou en fin d’après-midi, quand les ruelles sont plus calmes.
À Santander, promenez-vous sur la péninsule de la Magdalena et le long de la baie. La ville mêle élégance balnéaire et énergie portuaire. Si le ciel est dégagé, la plage du Sardinero offre une belle fin d’étape. Et s’il pleut ? Trouvez un café, commandez une pâtisserie locale et laissez passer l’averse. Au nord, cette stratégie fonctionne mieux qu’une lutte acharnée contre les nuages.
Jour 5 — Comillas, San Vicente de la Barquera et les premiers sommets
Avant de quitter la Cantabrie, arrêtez-vous à Comillas. Le Capricho de Gaudí, reconnaissable à ses détails colorés et à ses céramiques, rappelle que l’architecture peut aussi avoir le sens de l’humour. Le centre historique et ses maisons élégantes méritent également une promenade.
Continuez vers San Vicente de la Barquera. Le village se tient entre l’estuaire, les plages et les montagnes, avec les Picos de Europa en toile de fond par temps clair. C’est l’un de ces paysages qui vous font couper le moteur pour regarder encore une minute. Rejoignez ensuite votre hébergement du côté de Potes, porte d’entrée des montagnes. La route grimpe, les virages se multiplient : gardez le temps nécessaire et profitez des changements de décor.
Jour 6 — Les Picos de Europa, une journée au grand air
Consacrez cette journée au parc national des Picos de Europa. Depuis Potes, rejoignez le téléphérique de Fuente Dé, qui permet de gagner rapidement de l’altitude et d’accéder à de beaux panoramas. Les conditions météo peuvent changer vite en montagne : vérifiez les horaires d’ouverture et les prévisions, puis adaptez vos projets. Une éclaircie n’est jamais garantie, mais un ciel changeant fait aussi partie du spectacle.
Si vous préférez garder les pieds sur terre, explorez les environs de Potes ou choisissez une randonnée adaptée à votre niveau. Emportez de l’eau, une couche chaude et des chaussures solides ; même pour une balade qui semble facile sur la carte. Le soir, goûtez un cocido lebaniego, plat généreux de la vallée. Après une journée de marche, personne ne vous reprochera de demander une portion copieuse.
Jour 7 — De la montagne aux Asturies : Cangas de Onís et Covadonga
Reprenez la route vers les Asturies en direction de Cangas de Onís. Son pont romain, en réalité médiéval, enjambe la rivière Sella et constitue l’un des symboles de la région. Le village est une bonne base pour découvrir le sanctuaire de Covadonga et les paysages alentour.
Les lacs de Covadonga sont un incontournable, mais l’accès en voiture peut être réglementé pendant les périodes de forte affluence. Renseignez-vous avant le départ : des navettes sont mises en place à certaines dates. Une fois sur place, marchez autour des lacs et observez les pâturages, les reliefs et les vaches qui semblent connaître le meilleur point de vue. Ici, la montagne est aussi un lieu de vie, pas seulement un décor de carte postale.
Jour 8 — Cudillero, village de pêcheurs et côte asturienne
Cap à l’ouest, avec une halte à Cudillero. Ses maisons vivement colorées s’accrochent à un amphithéâtre naturel qui descend vers le port. Les ruelles montent et descendent sans cesse ; prévoyez des chaussures adaptées et prenez le temps de vous arrêter aux belvédères. Le village est petit, mais il se savoure mieux sans vouloir tout voir en dix minutes.
Installez-vous ensuite près de la côte, ou poursuivez vers Luarca, autre port asturien plein de charme. Pour le dîner, cherchez un restaurant fréquenté par les habitants et commandez du poisson du jour, selon l’arrivage. Les menus varient avec la pêche : c’est souvent bon signe. Et si vous entendez parler de sidra, le cidre local, observez le rituel du service avant de tenter de verser le vôtre. Le geste demande un peu d’adresse ; le sol, lui, n’a pas toujours soif.
Jour 9 — De la côte à la Galice, par la plage des Cathédrales
La route se poursuit vers la Galice, région de caps, de criques et de forêts humides. Faites halte à Ribadeo pour rejoindre la plage des Cathédrales, connue pour ses arches rocheuses et ses falaises sculptées par l’océan. L’accès au sable dépend fortement des marées : consultez les horaires et vérifiez si une autorisation est nécessaire à la date de votre visite. Sans marée basse, le spectacle reste beau depuis les hauteurs, mais la promenade entre les arches n’est pas toujours possible.
Poursuivez vers Lugo ou vers un hébergement plus proche de Saint-Jacques-de-Compostelle. Lugo mérite une halte pour ses remparts romains, que l’on peut parcourir à pied sur plusieurs kilomètres. C’est une façon agréable de dégourdir les jambes après la route et de découvrir une ville moins connue des itinéraires pressés.
Jour 10 — Saint-Jacques-de-Compostelle, au rythme des pèlerins
Terminez votre circuit à Saint-Jacques-de-Compostelle. Dans le centre historique, les rues de granit conduisent à la place de l’Obradoiro, où les pèlerins arrivent après des jours — parfois des semaines — de marche. L’émotion est palpable : certains s’assoient en silence, d’autres se retrouvent dans les bras de leurs proches. Même sans avoir parcouru le chemin, on sent que cette ville est faite de départs, d’efforts et de retrouvailles.
Visitez la cathédrale, puis explorez les ruelles autour du marché d’Abastos. On y découvre les produits de Galice, des légumes aux fruits de mer, dans une atmosphère quotidienne qui contraste avec la solennité des grandes places. Pour votre dernier repas, goûtez aux spécialités locales et gardez un peu de place pour la tarta de Santiago, gâteau aux amandes souvent marqué d’une croix en sucre glace.
Quelques repères pour profiter pleinement du voyage
Le nord de l’Espagne se découvre autant par ses étapes que par ce qui se glisse entre elles : une plage aperçue depuis la route, un détour indiqué par un panneau brun, une discussion au comptoir. Gardez chaque jour une marge de manœuvre. Un itinéraire trop serré transforme vite les paysages en fenêtres de voiture.
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Conduisez tranquillement : sur les routes de montagne et les petites routes côtières, les kilomètres prennent plus de temps qu’attendu.
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Réservez les visites sensibles aux conditions : téléphérique, lacs de Covadonga et plage des Cathédrales peuvent dépendre de la météo, de la saison ou des marées.
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Goûtez les spécialités locales : chaque région a ses saveurs et ses habitudes. Demander conseil au restaurateur ouvre souvent de belles surprises.
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Prévoyez une solution pour la voiture : vérifiez les stationnements dans les centres historiques et privilégiez parfois un hébergement en périphérie.
En dix jours, vous ne ferez qu’effleurer cette grande bande de paysages entre l’Atlantique et les montagnes. Mais vous aurez traversé plusieurs mondes : les villes vivantes du Pays basque, les villages de Cantabrie, les reliefs asturiens et la Galice des pèlerins. Et peut-être qu’au retour, entre deux photos, vous vous surprendrez à penser non pas à la prochaine étape, mais à la prochaine fois.

