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Gore Tex et PFAS : quels impacts pour les randonneurs et l’environnement ?

Gore Tex et PFAS : quels impacts pour les randonneurs et l’environnement ?

Gore Tex et PFAS : quels impacts pour les randonneurs et l’environnement ?

Sur un sentier détrempé, quand la pluie transforme le chemin en ruban sombre et que le vent s’engouffre entre les pins, une veste imperméable devient presque une seconde peau. Elle nous permet de continuer à marcher, de traverser un col, d’atteindre un refuge avant la nuit. Depuis plusieurs décennies, le Gore-Tex accompagne ainsi les randonneurs avec sa promesse simple : rester au sec tout en laissant le corps respirer.

Mais derrière cette membrane technique se cache une question de plus en plus présente dans les discussions entre marcheurs : quel rôle jouent les PFAS dans les vêtements de randonnée ? Ces substances sont-elles dangereuses pour notre santé et pour les écosystèmes que nous venons explorer ? Faut-il renoncer aux équipements imperméables, ou simplement apprendre à mieux les choisir ?

Comme souvent en voyage, la réponse se trouve dans les nuances. Enfilons nos chaussures, remontons la fermeture éclair et avançons pas à pas.

Les PFAS, de quoi parle-t-on exactement ?

Le terme PFAS désigne une vaste famille de substances per- et polyfluoroalkylées. Il ne s’agit pas d’un produit unique, mais de plusieurs milliers de composés chimiques aux propriétés différentes. Leur point commun ? Une grande résistance à l’eau, aux graisses, à la chaleur et à la dégradation.

Cette robustesse a longtemps été perçue comme une qualité remarquable. On retrouve ou l’on a retrouvé des PFAS dans de nombreux objets du quotidien : emballages alimentaires, mousses anti-incendie, revêtements antiadhésifs, cosmétiques, textiles techniques et équipements de plein air.

Leur résistance est aussi leur principal problème. Certaines molécules se dégradent très lentement dans l’environnement. Elles peuvent se disperser dans l’eau, les sols et les organismes vivants. C’est pour cette raison que les PFAS sont parfois surnommés les « polluants éternels ». Une expression un peu inquiétante, mais qui traduit leur persistance.

Tous les PFAS ne présentent toutefois pas le même niveau de risque. Les études scientifiques et les autorités sanitaires s’intéressent notamment à certains composés historiques, comme le PFOA ou le PFOS, désormais fortement restreints ou interdits dans de nombreux pays. La réglementation évolue, mais la famille reste vaste et certaines substances de remplacement sont encore étudiées.

Quel rapport entre le Gore-Tex et les PFAS ?

Le Gore-Tex est une marque, et non le nom générique de toutes les membranes imperméables. Sa technologie emblématique repose sur une membrane en polytétrafluoroéthylène expansé, plus connue sous le sigle PTFE. Cette membrane contient une multitude de pores microscopiques : suffisamment petits pour bloquer les gouttes de pluie, mais assez grands pour laisser s’échapper une partie de la vapeur d’eau produite par le corps.

C’est ce principe qui permet de marcher sous une averse sans se retrouver immédiatement enfermé dans une étuve. Enfin… à condition de ne pas gravir une pente à vive allure avec trois couches de vêtements et un sac de quinze kilos. Même la meilleure membrane du monde ne peut pas vaincre complètement la transpiration.

Le PTFE appartient à la grande famille des fluoropolymères, elle-même liée à la chimie des substances fluorées. Pendant longtemps, les vêtements Gore-Tex ont également utilisé des traitements déperlants durables, appelés DWR pour Durable Water Repellent. Ces traitements étaient appliqués sur le tissu extérieur afin que l’eau forme des gouttes et perle à la surface plutôt que de l’imbiber.

Le problème ne concerne donc pas uniquement la membrane. Il peut aussi toucher les traitements appliqués sur les textiles, notamment certains traitements fluorés à chaîne longue ou à chaîne courte. Ces produits ont été progressivement réduits et remplacés dans de nombreuses gammes, mais la transition ne s’est pas faite du jour au lendemain.

Imperméable ne veut pas forcément dire fortement exposé

Pour le randonneur, il est important de distinguer plusieurs réalités. Porter une veste contenant une membrane technique ne signifie pas automatiquement être exposé de manière importante à des PFAS. La présence éventuelle de ces substances dans un équipement et le risque réel pour son utilisateur ne sont pas la même chose.

Les préoccupations sanitaires concernent surtout l’exposition répétée ou importante à certains PFAS, notamment par l’eau, l’alimentation ou les poussières dans des contextes industriels. Pour les vêtements de plein air, les interrogations portent davantage sur la fabrication, les rejets liés à la production, l’usure, le lavage et la fin de vie des articles.

Le contact direct avec la peau est généralement considéré comme une voie d’exposition moins préoccupante que l’ingestion ou l’inhalation. Cela ne signifie pas qu’il faut ignorer le sujet, mais qu’il est inutile de céder à la panique à chaque sortie sous la pluie.

Une veste portée quelques jours par an sur les sentiers n’a pas le même impact qu’une activité industrielle utilisant de grandes quantités de substances fluorées. En revanche, multipliée par des millions de vêtements fabriqués, lavés, jetés et remplacés, la question environnementale devient beaucoup plus vaste.

Les impacts environnementaux à ne pas oublier

La montagne donne parfois l’impression d’être un monde séparé. Un lac d’altitude, une forêt silencieuse ou une crête balayée par le vent semblent loin des zones industrielles. Pourtant, les molécules voyagent. Elles peuvent atteindre les cours d’eau et les sols au fil des chaînes de production, des rejets industriels et de la gestion des déchets.

Les PFAS sont particulièrement préoccupants parce qu’ils persistent longtemps et peuvent se déplacer dans les milieux naturels. Certains se retrouvent dans les organismes vivants et peuvent s’accumuler dans les chaînes alimentaires. À l’échelle d’une veste, l’impact est difficile à mesurer. À l’échelle de toute l’industrie textile et de l’équipement outdoor, il devient impossible de faire comme si le problème n’existait pas.

Il faut également regarder au-delà des PFAS. Une veste technique demande des matières premières, de l’énergie, de l’eau et plusieurs étapes de fabrication. Elle peut parcourir des milliers de kilomètres avant d’arriver dans notre sac. La question la plus écologique n’est donc pas toujours : « Cette veste est-elle sans PFAS ? » Elle peut aussi être : « Vais-je réellement la garder et l’utiliser pendant dix ans ? »

Un équipement durable, réparé et entretenu correctement évite souvent l’achat répété de produits moins robustes. La meilleure veste pour la planète n’est pas forcément celle qui affiche le plus beau argument marketing, mais celle qui reste longtemps en service.

Les marques évoluent-elles vers des solutions sans PFAS ?

Oui, le secteur du plein air évolue progressivement. De nombreuses marques annoncent des gammes sans PFAS ajoutés intentionnellement, notamment pour les traitements déperlants. Le mot important est « intentionnellement » : il indique que la marque n’ajoute pas volontairement ces substances dans le produit, tout en reconnaissant les réalités complexes de la fabrication industrielle et des chaînes d’approvisionnement.

Gore a également annoncé une évolution de ses technologies et le développement de membranes ne reposant plus sur le PTFE expansé dans certaines nouvelles gammes. La membrane ePE, par exemple, est présentée comme une solution sans PFAS ajoutés intentionnellement. Les anciennes vestes en PTFE ne disparaissent pas pour autant du jour au lendemain : elles continuent d’être utilisées, revendues, réparées et portées.

Cette transition doit être observée avec attention. Une mention « sans PFC » ne signifie pas toujours exactement la même chose qu’une mention « sans PFAS ». Le vocabulaire commercial a longtemps manqué de clarté, notamment parce que les PFC, les fluorocarbures, le PTFE et les PFAS ne désignent pas strictement la même catégorie.

Au moment d’acheter, mieux vaut consulter les informations techniques de la marque ou lui poser directement la question :

Comment choisir une veste plus responsable ?

Avant de courir acheter une nouvelle veste « propre », commençons par regarder celle qui dort déjà dans notre armoire. Si elle est en bon état, étanche, confortable et adaptée à nos sorties, la conserver est souvent le choix le plus raisonnable. Remplacer prématurément un vêtement fonctionnel crée une nouvelle demande de production, même si le modèle suivant affiche un meilleur bilan environnemental.

Pour un nouvel achat, plusieurs critères peuvent guider la décision :

Il faut aussi choisir la technologie selon le besoin réel. Pour une randonnée occasionnelle dans une région où les averses sont rares, une veste légère et simple peut suffire. Pour plusieurs jours en montagne, sur des itinéraires exposés au vent et à la pluie, une membrane plus performante peut être justifiée. Acheter l’équipement adapté, plutôt que le plus sophistiqué, est une forme de sobriété.

Entretenir son équipement pour le faire durer

Un traitement déperlant finit par perdre de son efficacité. Le tissu extérieur ne devient pas nécessairement complètement perméable, mais il s’imbibe davantage. La membrane peut alors sembler moins respirante, car l’humidité reste en surface. Avant de conclure que la veste est bonne pour la poubelle, un entretien soigneux peut lui offrir plusieurs années supplémentaires.

Commencez par consulter l’étiquette du fabricant. En général, il est recommandé de :

Un lavage trop fréquent n’est pas souhaitable, mais une veste sale ne respire plus correctement. La poussière, les huiles corporelles et les résidus de crème solaire peuvent obstruer les pores de la membrane. Comme souvent en randonnée, l’équilibre est la clé : ni laisser la veste moisir au fond du sac, ni la passer en machine après chaque promenade de deux heures.

Inspectez également les coutures et les zones de frottement avec le sac à dos. Une petite déchirure réparée rapidement vaut mieux qu’une infiltration découverte au milieu d’une traversée des Pyrénées.

Faut-il bannir le Gore-Tex de son sac ?

Pas forcément. Le sujet des PFAS invite surtout à consommer avec davantage de discernement. Une ancienne veste Gore-Tex encore parfaitement fonctionnelle ne doit pas être jetée par principe. Son remplacement immédiat ne ferait qu’ajouter un vêtement à la montagne de textiles déjà produits.

Si vous achetez neuf, vous pouvez en revanche privilégier une technologie annoncée sans PFAS ajoutés intentionnellement, tout en vérifiant les détails fournis par la marque. Les membranes alternatives se multiplient : polyuréthane, polyester, membranes hydrophiles ou solutions issues de nouvelles générations de matériaux. Chacune possède ses avantages, ses limites et son comportement particulier face au froid, à l’humidité et à l’usure.

Aucune veste ne rend la randonnée totalement neutre pour l’environnement. Mais un équipement conservé longtemps, entretenu avec soin, réparé lorsque c’est possible et choisi en fonction de ses besoins réels représente déjà un pas important.

Marcher avec un regard plus attentif

La pluie continuera de tomber sur les chemins, et nous continuerons probablement à apprécier le moment où une veste bien ajustée nous permet de franchir un col sans grelotter. Les innovations techniques ont leur utilité : elles rendent certains itinéraires plus accessibles et améliorent la sécurité dans des conditions difficiles.

Mais l’équipement ne doit pas faire disparaître le paysage qui l’entoure. Derrière une membrane imperméable, il y a une histoire de matières, d’usines, de transports et de fin de vie. Derrière chaque traitement déperlant, il y a des choix industriels qui peuvent évoluer si les consommateurs demandent davantage de transparence.

Alors, avant de partir, posons-nous quelques questions simples : cette veste est-elle vraiment nécessaire ? Puis-je réparer celle que je possède ? La marque explique-t-elle clairement ses choix ? Le modèle est-il conçu pour m’accompagner longtemps ?

Sur un sentier, les grandes distances se parcourent souvent de cette manière : un pas, puis un autre. Pour réduire l’impact de notre équipement aussi.

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